La traversée du Golfe

Publié par Manon le

Arriba España ! La traversée du golfe de Gascogne

Juillet 2021

Depuis plusieurs jours, Kannjawou est tapi au creux du port d’Audierne. Nous attendons une fenêtre propice pour faire route vers La Coruña. Même si elles sont encore loin, les sonorités espagnoles des villes représentées sur nos pilotes côtiers nous enchantent ! Mais pour le moment, il faut se tenir tranquille et laisser deux dépressions passer au large de la mer d’Iroise et de la Manche. Notre heure ne devrait plus tarder. Le 30 juillet, à 15h, nous laissons derrière nous Audierne et ses délicieuses langoustines glanées sur le port au retour des pêcheurs : cap au sud ouest !

Le Gascogne, une étape importante dans notre voyage. Elle servira de test ultime pour le bateau et son équipage. Avec un nom pareil, pas étonnant qu’il ait mauvaise réputation et mauvais caractère. On le dit bagarreur, arrogant et tempétueux, comme un certain Cyrano de Bergerac, soldat gascon. C’est donc à notre tour de nous confronter à lui en espérant qu’il permette le passage à notre cher rafiot. Il n’y a qu’à tracer tout droit, éviter l’intérieur du Golfe à tout prix et rêver très fort à nos premières tapas de récupération.

La fenêtre météo dont nous disposons pour ces trois jours de mer est assez courte et ce n’est pas dans ces conditions que nous aurions aimé partir mais aucune autre option n’était envisageable à moins de rester beaucoup plus longtemps à Audierne et réaliser un palmarès des meilleurs Kouign-amann, puis des meilleures crêpes, puis des meilleures andouilles du marché…

A la sortie du Goyen, Kannja’ se dandine déjà dans plus de 2,5 m de houle. Nous avions fortement réduit la toile pour ne pas nous laisser surprendre par le force 5 annoncé. Finalement, nous sommes sous-toilé pour le petit force 4, secteur Ouest établi et nous renvoyons de la surface de voile pour donner au bateau toute la puissance nécessaire pour tracer sa route entre les crêtes blanches. Nous savions que les premières 24h seraient difficiles puisque nous avions choisi de partir dans la queue d’une dépression, avec de la houle levée. Cette houle aura bientôt raison de nos deux estomacs à Manon et à moi mais le p’tit mousse Aude se porte à merveille et profite des shows successifs des dauphins bleus. 

Sur les premières 24h, nous parcourons 130 milles, ce qui est une assez bonne moyenne pour notre Gib Sea 31 alourdi par son chargement. Nous dépasserons toujours les 110 milles les jours suivants.

Au petit matin du troisième jour, Aude aperçoit un souffle puissant à une trentaine de mètres sur bâbord. Il nous a fallu quelques secondes pour réaliser que, non, quelque chose n’était pas tombée du ciel mais que nous avions de la visite ! Et quelle visite : un dos gris sombre émerge de l’eau et se déroule entre les vagues pour montrer une petite nageoire caudale. La bête est immense, peut-être 15 / 20 mètres de long, c’est difficile à estimer ! De nouveau, nous voyons le souffle puissant et le dos qui émerge à sa suite. Quelle majesté ! Nous pensons avoir fait la rencontre d’un rorqual commun ! Jamais nous n’aurions pensé avoir cette chance, c’est peut-être un signe que le Gascogne nous laisse traverser. Le soir même, d’autres souffles très hauts sont apparus au loin, plutôt sympa pour le dîner…

Le troisième jour marque un tournant dans le mal de mer. Nos estomacs vont de mieux en mieux mais nous revenons de loin. A nous trois, nous alternons les quarts de veille et de longues siestes de récupération.

C’est au petit matin du quatrième jour que se présentent à nous les lumières espagnoles. C’est à peine si on ne croit pas sentir le doux parfum de la tortilla sur le bateau ! A mesure que nous approchons de notre destination, le vent meurt petit à petit, nous contraignant à approcher de la mythique Torre de Herculès au moteur. Il s’agit du plus vieux phare au monde encore en fonctionnement. 

Kannjawou est très bien accueilli au Real Club Nautico de la Coruña et après un bon ménage dans le bateau et une bonne douche, nous filons tout droit vers les taperías galiciennes qui nous tendent les bras. Le premier verre et la première bouchée de nourritures locales ont toujours une saveur si particulières après une traversée. On y sentirait presque une note de fierté, de joie d’avoir accompli une mission et d’être arrivées en cette terre inconnue qu’il nous reste à explorer. 

Le bilan de cette première longue traversée est positif. Kannjawou s’est très bien comporté pendant les trois jours. Toilé comme il fallait, il n’a pas semblé souffrir de la houle et des rafales parfois fortes que nous avons essuyées. Anne Bony, notre régulateur d’allure a tenu le cap sans coup férir. Nous n’avons aucune casse à déplorer. Il nous reste qu’à mieux accrocher nos estomacs mais cela ne nous fait pas peur, nous allons y arriver ! Ce ne fut pas une traversée facile mais il y a eu des moments magiques, comme nos rencontres avec les dauphins bleus et les rorquals que nous ne sommes pas prêtes d’oublier et qui nous rappellent aussi une des motivations de ce voyage : s’émerveiller devant ce que le monde a de plus beau.


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